Coup de coeur: La danse des maux de Kamdem Souop

Lorsque j’étais à Yaoundé j’ai fait un passage par L’Harmattan, la célèbre librairie et j’ai été impressionnée par le nombre de livres qu’on trouve là bas. Ca m’a un peu fait tourner la tête. J’ai pris au hasard ‘La danse des maux’ de Kamdem Souop Collection Ecrire l’Afrique, avant tout  parce que c’était un recueil de nouvelles. Et je dois dire que j’ai été ravie par cette lecture. 7 nouvelles constituent ce recueil avec des thèmes très variés. Je choisi de partager avec vous quelques extraits, sans trop de commentaires, je n’en finirai pas si je commence.  Je trouve qu’il écrit vraiment trop bien.

Mourir de vivre relate la vie d’une enfant soldat en Angola. En entendant enfant soldat, j’ai toujours pensé à des garçons, je ne sais pas pourquoi…et pourtant…Les mots ici sont très durs…

Je vous vomis rebelles à la noix ! J’ai cru en vos idées dès l’âge où droite et gauche sont pareils. Je n’ai vécu que pour vous, vos idées bidons, vos théories du néant…Je meurs d’avoir vécu en 14 années plus quatre de direct, ce que d’autres vivent en 60 ans de différés : radio, télé, journaux, rumeurs. Je meurs d’avoir vécu la haine au sommet de son horreur. L’amour au faîte de son impossibilité…Je meurs de vivre’

‘Quelles pensées doivent traverser l’esprit d’une gamine qui jouait sur les genoux paternels avant que ceux-ci fléchissent sous l’avalanche des balles ? Des choses. Des tas de choses. Des riens. Des tas de rien. Tout s’était passé si vite. Comme la plupart des évènements majeurs de la vie.’

Un bon dossier décrit le parcours du combattant d’un homme dans les méandres de l’administration camerounaise…je m’y suis vue, avec mes envies de claques qui se perdaient devant tant de laxisme, d’indifférence ou d’incompétence…c’est à voir…Mais plus d’une fois j’y suis ressortie remplie d’une incroyable frustration 🙂 néanmoins avec mon papier signé…Tout le monde n’a pas cette chance.

Jadis on vit des chefs croire que tout ce qui est blanc est pur et digne de confiance, d’une confiance telles que des personnes qui s’affublent de cette manière de se distinguer des couleurs ordinaires du reste de l’humanité achetèrent le Kamerun sans en donner l’air. Par amitié.

‘Voila deux jours qu’il est venu de Yagoua. Il a pris le car pour la ration normale de dix heures de parcours de combattant, entre les inévitables crevaisons quand la route doit se dilater sous 50° de canicule…A Ngaoundéré, il a pris un ticket pour ce que chacun sait être 18 heures, sauf déraillement inch Allah, de tchaga-tchaga-tchaga-tchaga du train le plus lent du monde.

Nang toi ta chose ! Déjà le titre…Pour avoir été pris à partie plus d’une fois par des Nangas d’Akwa, je suis toujours sur mes gardes lorsque l’un d’entre eux se dirige vers moi en me disant ‘Grande soeur, donne quelque chose pour ton petit‘.  Je me suis toujours demandé comment ça commence pour eux, comment ils finissent enfants de la rue. Puis j’ai rencontrée une amie de ma mère dont l’association s’occupe des enfants de la rue, de leur réinsertion…Toutes leurs histoires sont plus tristes les unes que les autres…Cependant, j’ai été surprise d’apprendre qu’ils vivaient en bande très organisées et hierarchisées…

‘Au voleur ! Au voleur ! Cria une voix cassée. C’était la revendeuse qui s’était déplacée un instant et en se retournant avait vu Cavaye qui se relevait de son étal en jetant un coup d’œil de part et d’autre derrière lui. Au voleur ? C’est le mot qui ne passe jamais. Quand il entendit cette phrase synonyme de mort si t’es pris, Cavaye s’enfuit ou plutôt crut qu’il le fît.

Qui ignore que personne n’aime les Nanga ?

Ils sont tous pareils: la peau calcinée, chétifs, les lèvres sèches, les yeux rouges, les pieds sales et parfois chaussés de bouteilles d’eau minérale reconverties, la dentition multicolore, des vêtements sans âge, sans couleur et d’une puanteur exécrable…

Salut l’artiste ! Les premières lignes de cette nouvelle m’ont fait pleurer de rire… Est-ce que j’ai déjà dit que je trouve cet auteur excellent ? Bon je vous donne deux extraits de ce bandit – police très drôle.

Nloumou était bon patrouilleur, fin limier. Or il n’avait jamais procédé à une arrestation. A croire qu’une imparable malchance l’accompagnait dans son faire. Il ne comptait plus le nombre de fois où il était descendu se faire laver au village.

Il était hors de question de s’aventurer à Ngousso : le souffle lui manquait déjà – le njap devait lui avoir déjà bousillé une grande partie des poumons – et il y avait trop de petits commerces en bordure de route, donc trop d’ex-victimes de lui et ses comparses. Il choisit le cimetière de Mfandena tout proche.

Cette fois, se dit Nloumou, je tiens ma première prise. Hé hé hé…

Ma vie de chienne No comment.

Les images m’assaillent. Nettes. Précises. Fidèles. A charge…
Ma maturité et la découverte de la flamme que je sais aujourd’hui sincère de l’homme qui s’enticha de moi au point d’enchainer son destin au mien. Mon mari, votre frère, votre ami, votre beau-fils…Vous l’aimiez, je l’ai vu. Il s’était dépensé en zèle, argent et comportement pour être agréé de vous. Pour que vous l’aimiez. Tandis que moi, vous me détestez de ce que je l’ai aimé d’une flamme inversement proportionnelle à la sienne : l’indifférence.

Noooon! Ne dites pas Paix à nos âmes! Ici, il n’y a point de paix. Croyez moi et vous en serez quittes. Il est des choses dont il n’est pas nécessaire d’être affranchi par l’expérience. La terre de nos ancêtres n’a pas besoin de nous être légère: elle pèse plutôt sur nos vies…

La finale décrit une amitié comme on n’en fait plus mêlée à la folie qu’entraine l’engouement des africains pour le football…Celle-ci est ma nouvelle préférée et pas seulement parce qu’elle parle de foot. Elle est plus longue aussi 🙂

Certes on joue à Lagos et il se dit que les grimba-men du pays ont passé la nuit dans l’enceinte du stade pour mieux miner mystiquement la pelouse. Mais il y a du répondant en face : ‘Impossible n’est pas camerounais’ Cet adage s’est définitivement attaché au football national depuis l’exploit de Kinshasa.

La CRTV, antennes radio et télé, est entièrement mobilisée : le DG-cameraman-directeur-technique-chef-des-programmes-concepteur-réalisateur-superviseur-journaliste-animateur-chroniqueur vedette est au four et au moulin. Pour donner aux Camerounais de vivre en direct et en intégralité la rencontre tant attendue, surtout par le plus haut sommet de l’état.

…J’ai livré une commande tout à l’heure. C’est une filette qui s’est brisé le crâne en tombant du premier étage du duplex parental au quartier Santa Barbara. On lève le corps dans deux heures. Deux heures. C’est également le temps que j’estime nécessaire pour reconstituer le visage de ce fils de ministre d’Etat qui appartenait à un gang mafieux qui sévissait ici et à l’étranger.

La danse des mots ou la crise de l’écrit chez un jeune auteur…C’est celle qui clôt le livre, celle que j’ai le moins aimé même si je valide que la vie d’un écrivain est généralement tortueuse et tourmentée…

Zut ! Et cette page qui demeurait inerte, sans vie, blanche. Aucun souffle, aucune image, aucun texte, aucun paragraphe, aucune phrase, aucun mot. Pas une lettre. Pourtant il y avait cette rage, cette envie de mettre au monde, cette faim d’éternité. Mais voilà : elle paraissait trop cadavérique, cette page ; trop étouffante, cette page ; démesurément immense, effrayante, angoissante, cette blanche page.

J’ai pris énormément de plaisir à lire cet auteur. J’avoue que le fait qu’il parle de maux qui minent mon pays, renforce mon intérêt. Et j’ai aussi apprécié qu’il n’y ait pas forcément de happy end, mais qu’il y ait toujours beaucoup d’humour. Il est clair que je vais chercher son premier roman H comme h… en espérant pouvoir retrouver cette atmosphère d’écriture. Kamdem Souop travaille à l’Université des montagnes, et j’aimerais vraiment échanger avec lui, donc si jamais quelqu’un a son contact, merci de me le communiquer.

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1 commentaire

Classé dans Des livres partout, Humour

Une réponse à “Coup de coeur: La danse des maux de Kamdem Souop

  1. Ce livre de recueil semble très intéressant. C’est une bonne façon de « capturer » l’esprit de la culture africaine.

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