Je ne viens p@s à vous par hasard – Adaobi Tricia Nwaubani

    Je viens de terminer la lecture du roman ‘Je ne viens pas à vous par hasard’ d’Adaobi Tricia Nwaubani. J’ai beaucoup aimé son style d’écriture, très light et très drôle! Grâce à ce livre, j’ai pu mieux cerner le système d’arnaque à la nigériane aka scam 419.
Kingsley, 25 ans, est l’opara de sa famille, comprendre, le premier fils. Malgré de brillantes études, il n’arrive toujours pas à trouver un emploi dans son domaine, et ce malgré plusieurs entretiens. Sa petite amie, lassée d’attendre qu’il se fasse une situation pour enfin l’épouser, le quitte. Son père, tombe gravement malade et amène Kingsley a solliciter l’aide de son oncle Boniface alias Cash Daddy…

Ahahahahaha juste le pseudo de son oncle m’a fait rire. Puis j’ai ri davantage lors de son portrait. Et ses manières, grossières mais attachantes. J’ai beaucoup aimé sa vision claire de la vie, et tous ses proverbes… ‘Si quelqu’un te mord à la tête sans s’inquiéter de tes cheveux, alors tu peux le mordre au cul sans t’inquiéter de sa merde‘ ou encore ‘Personne ne doit se gratter jusqu’au sang, quelque soit l’intensité de la démangeaison’
Cash Daddy a de l’argent, plein plein d’argent, grâce à la célèbre arnaque scam 419. J’ai d’abord trouvé son portrait grotesque, volontairement exagéré…mais au fil du livre, je me suis dit que ça devait être vrai…Son trop plein de voiture, sa façon de manger bruyante et désordonnée, sa façon d’aboyer ses ordres, ses farotages sans arrêts… Lorsqu’il demande à Kingsley de rejoindre son business, c’est parce qu’il trouve dommage qu’aucun membre de sa famille n’en fasse partie…

Après quelques hésitations, Kingsley se lance dans les affaires, où il s’avère plutôt efficace. Le remord vis à vis des premiers ‘Mugus’ ferrés  aka Mougous qu’il frappe, laisse place à une réelle ingéniosité dans la tournure des mails. Et plus rapidement qu’il ne le pensait, Kingsley devient un boss, avec une grande maison, plusieurs voitures, un compte en banque très fourni et surtout son bonheur de pouvoir enfin remplir son rôle d’Opara, auprès de sa famille.

A plusieurs niveaux, j’ai pu transposer les incohérences et insuffisances du système nigérian au notre. La corruption à tous les niveaux: police, hôpitaux, universités. Un marché de l’emploi difficilement accessible par des jeunes diplômés locaux ‘Au Nigeria, les diplômes étrangers dégageaient une aura de respect, qu’ils proviennent de Manchester, Impérial ou Peckham‘ J’ai ri ici, parce que j’ai wanda sur la qualité de diplôme délivré à Peckham…diplôme du bar ou de la boîte de nuit ou du marché africain? Bref. Et j’ai découvert la NEPA: Never Expect Power Always et je me suis dit qu’on devrait trouver un nom pour notre AES -Sonel International, passé maître dans l’art des coupures intempestives et du délestage à outrance!

Au fond, j’ai retrouvé en Kingsley, la bataille morale qui fait rage auprès de plusieurs de nos jeunes: à quoi ça sert de se casser la tête à étudier pour obtenir de grands diplômes qui ne serviront à rien au final? A quoi ça sert? Ca a l’air vachement plus cool de faire des affaires, de jouer au foot, ou de chercher son âme soeur sur internet…Et devant l’opacité du système de l’emploi, j’avoue les comprendre. Je suis toujours autant révoltée de discuter avec des ben-skin ou des gardiens qui ont des maîtrises…Toujours aussi dégoutée de voir de jeunes enfants travailler, parce qu’il faut bien manger…Toujours aussi révoltée d’écouter une jeune femme bien sous tous rapports t’avouer qu’à ses heures perdues, et bien, elle fait la pute…Bref.

Même si l’on se lasse vite de l’énumération des marques de vêtements, de bijoux ou de voitures, on comprend que chacun s’approprie ses faire-valoir…Et oui, c’est toujours plus chic de montrer ses escarpins Dior ou Gucci et d’exhiber sa montre Baume & Mercier…Et ici, l’excès fait tout, sauf défaut: il faut que ça se voit et tant pis pour les pauvres.

L’auteur a énormément d’humour et c’est agréable. D’un ton léger elle pointe du doigt les travers de la société nigériane sans jamais tomber dans la victimisation ou la généralisation. Ce que j’ai lu, m’a conforté dans ce que je pensais. C’est vraiment difficile de se faire avoir par ces arnaques 419 sans avoir un petit brin de cupidité. Et pour atténuer la sensation de facilité, l’auteur parle aussi de cas où ça a mal tourné, des cas où les Mugus devenaient des Mugus tranchants: au sens propre du terme…

Et enfin, je crois que je ne me ferais jamais aux prénoms nigérians…hein Odinkemmelu?

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1 commentaire

Classé dans Actualites, Des livres partout, Humour

Une réponse à “Je ne viens p@s à vous par hasard – Adaobi Tricia Nwaubani

  1. Kathy

    Résumé méthodique et intéressant suivit d’une analyse sociale édifiante. J’aime le style simple adopté pour la rédaction

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